Kalachnikov chez Jupiter

Quand nous étions dans le temple de Jupiter, il y avait au loin cela :

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Nous étions passé devant dans notre minibus endiablé. Et cela ressemblait furieusement à ces magnifiques mosquées, sanctuaires, madrassas et temples de l’Ouzbékistan.

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En s’approchant d’un peu plus prêt, ce n’était pas du tout des vestiges de la grandeur islamique de la Route de la Soie. C’était rutilant et flambant neuf. Je n’ai pas pris de photo, trop occupée à avoir la mâchoire décrochée, trop peur de me faire jeter car ce n’était pas exactement un lieu touristique, trop estomaquée par le présent.

Donc nous nous approchons, et nous accueillent des stands proposant des drapeaux, des t-shirt  et autres gadgets du Hezbollah. Eh oui, nous sommes au Nord de la vallée de la Bekaa, fief de ce parti politique. D’ailleurs l’Etat n’a pas exactement le contrôle de la région. Nous avions passé moult check points militaires et policiers sur la route : l’Etat libanais fait sentir le contrôle qu’il peut.

Ce qui est drôle c’est que nous vivons au dessus du parti des Phalanges (qui a été très impliqué dans la guerre civile) à Beyrouth. Et nous partons en vadrouille chez leurs opposants. M’est avis qu’il ne ferait pas bon de se promener avec un T-shirt du Hezbollah dans notre quartier !

S’il ne s’agissait que de T-shirt ça serait OK. Mais c’est une mosquée armée dans laquelle nous rentrons. Il y a une entrée pour les hommes, une pour les femmes – pas armée pas de panique. A la faveur de « l’hiver », j’ai une écharpe que je porte en hidjab et suis couverte de la tête au pied par mon jean et mon pull à manche longue. Pudique et modeste je suis ! Dans la cour de la Mosquée, il y une enceinte diffusant des chants martiaux ; de belles voix graves et viriles, et une bibliothèque ou librairie vendant des ouvrages religieux et surtout politique (pas besoin d’être un génie des alpages pour faire des analyses de couverture des livres en vitrine). Dans la cour de la mosquée, au pieds des portes, il y a des sculptures, des balles géantes, dorées. Etrange.

Notre ami Simon a un besoin pressant et file aux toilettes. Pour ma part j’entre dans la section des femmes de la mosquée. Je retire mes chaussures et revêts une grande tunique noire. J’ai la stupide impression d’être chez le coiffeur. J’aime l’intérieur de la mosquée, il y a des murs rutilants de dorures, des vitraux, beaucoup de couleurs et de lumière , il y a des femmes, des enfants. Des femmes en prières, d’autres qui bavardent, des enfants qui vivent leur vie. Heureusement qu’Eléonore dort dans le porte-bébé. En voyant les autres enfants, elle aurait tant voulu les rejoindre et j’aurais été tout à fait complètement embarrassée. Je voudrais être invisible et multi-linguale. Pour observer et comprendre. Pour m’imprégner. Je n’ose m’approcher du centre de l’attention générale : il y a un tombeau au centre de la pièce.  Laquelle est séparée en deux par des rideaux, les femmes d’un côté et les hommes de l’autre. Plus tard, je comprendrais que c’était le tombeau contenant les ossements de la fille de l’Imam Hussein. Relique sacrée. Je peux comprendre l’émotion des croyants. Les reliques de la crypte de Paray-le-Monial m’avaient prise à cœur et par surprise… Les femmes embrassent le tombeaux, prient à ses pieds. Je m’assieds, je m’imprègne de la dévotion. Je suis en état méditatif. Je n’est pas l’habitude de cette énergie ; sans surprise, ce n’est pas une église, ce n’est pas un temple bouddhiste. C’est unique pour moi. Je ne m’attarde pas excessivement. Je serais follement embarassée qu’on vienne me parler. Comment expliquer ma présence ici ? Attirée par la lumière ?

En sortant, je retrouve notre Simon qui a l’air tout à fait retourné. Il me parle en suèdois. trop bas et trop vite. Je ne comprends rien ! On attend de retrouver Marat, d’être sortis, loin des oreilles, pour qu’il parle en anglais. Et cesse de trembler. Notre ami si posé et paisible a vécu une expérience à laquelle il ne s’attendait pas. Il est tombé par hasard sur un petit musée du Hezbollah, avec des maquettes, comme celles que ferait des enfants excités de guerre : des bateaux explosés (« avec du coton pour figurer la fumée des explosions !) et scènes de combat, des vidéos de propagande, montrant la guerre, célébrant les victoires du Hezbollah pendant les guerres passées, sa puissance présente. Et des armes comme à disposition. Des Kalachnikovs aux murs, prêts à être saisis. On ne parle pas du coeur sacré de de Jésus ici ! Ce n’est pas exactement la même dynamique on dirait… Ah oui. Ce pays a une réalité qui n’est pas la notre. Une dynamique dont nous ne voudrons jamais être que des témoins lointains.

Il parâit qu’il y a un musée du Hezbollah aussi, et qu’il vaut de détour. Certains objets vendus dans la boutique de souvenir son des mémorabilia tout à fait remarquables. Je sais que ce le Père Noël Bek va poser sous certains sapins en 2018 !

En voiture Simone !

Vous aurez lu entre les lignes qu’il y a comme de légers soucis liés à la circulation dans ce beau pays. Pas de nouvelles routes ou parkings et toujours plus de voitures. Grâce à des taxes à l’importation astronomiques, il circule un nombre effarant de vieux tacots qui puent la mort et font des trous au climat comme aux poumons.

Du coup j’ai encore moins envie de devenir titulaire d’une voiture qu’il faudrait garer, conduire et entretenir. Je préfère mes pieds et un Uber à l’occasion. Au niveau budget c’est équivalent.

Quand nous nous échappons de la ville, deux choix s’offrent à nous. La location, ou les transports publics. La location c’est bien, on y est tout à fait indépendants et on peut se perdre à loisir dans les routes et les villages. Changer d’avis et faire demi-tour… C’est confortable, sauf quand il faut aller chercher la dite voiture, la garer, la rendre et surtout conduire dans ce merdier. C’est qui est excellent exercice de dextérité, de patience et d’amour inconditionnel de son prochain.
Ou bien, on peut partir en mini bus ! Il faut aussi aller jusqu’à la station de bus. Mais cette fois, une fois grimpé dedans, on se laisse conduire. Les conducteurs ont la réputation d’être  déchaînés aguéris, de conduire avec assurance et sans assurance et dans des bus vétustes incassables. Des esprits inquiets parlent d’enlèvements et toute sorte d’atrocités. Certes nous ne sommes pas dans le pays le plus en paix de la planète, mais ce n’est pas la guérilla non plus. Jouer à se faire peur ne m’intéresse que moyennement. Nous avons donc fait l’expérience des mini-bus malgré les grands cris poussés par nos connaissances ici.

Résultat des courses ?
L’avantage est que nous étions deux adultes dévoués à distraire notre Éléonore-pleine-d’entrain. Pas besoin de se soucier des autres voitures, des embouteillages, des directions. Ça coûte trois fois rien.
Désavantages ? Avoir le cul tanné par la route, les oreilles en vrac par les vrombissement du moteur, regretter d’être si grands car nos gambettes ne rentrent par tout à fait dans l’espace qui leur est alloué. C’est un peu comme Ryan Air mais en pire.
Certaines dames me disaient prendre une voiture avec chauffeur ou un taxi pour les excursions du weekend dans le pays. Why not, c’est le plus reposant ! Et là on va vraiment devenir une « famille d’expat », il ne me manquera plus que le balais dans le troufion et l’air hautain qui parle pas un mot d’anglais ! J’ai oublié de mentionner la nanny qui vit à domicile… avec un uniforme ! Fichtre…
Pour en revenir à nos chèvres, le mini bus a aussi un côté humain intéressant. Les Libanais que nous rencontrons sont le plus souvent fort sympathiques, curieux, (un tantinet racistes aussi), ont voyagé et on de la famille dans tous les pays du monde. Cela nous fait sortir de notre bulle et apporte un peu de piment.

Certes, la sécurité fait vraiment défaut à l’option minibus… Mais c’est celle qui a le plus de charme ! Promis, quand vous viendrez nous voir, on vous laissera choisir l’option qui vous sera la plus attrayante 😉

Les Bek chez Jupiter

Après avoir fait le tour de mon nombril et des mes modestes malheurs levantins, il est temps pour moi de vous parler du pays !

Marat l’a visité plus que moi. Sa mission officielle le mène en différents sites où sont implantés des projets menés par le PNUD. Des camps de réfugiés palestiniens ou syriens, des municipalités. Il gagne une connaissance fine des problématiques du pays, de ses faiblesses, de ses paradoxes. Moi, je pourrais rester dans ma bulle internationale du centre-ville ; Marat m’ouvre la porte aux complexités du Liban. J’attends le week-end ou les visiteurs pour quitter Beyrouth et voir ailleurs.

Ce qui m’a le plus marqué, c’est le continuum urbain (géographe un jour, géographe toujours !). On quitte Beyrouth, on gravit les monts, on change de région, de paysage, mais la ville ne s’arrête jamais. Maisons, immeubles, boutiques  le pas de porte est sur l’autoroute. Qui n’est pas une autoroute. Il semble que ce pays soit un embouteillage permanent ! La première fois qu’on nous a proposé d’aller dîner « à la montagne », mon âme suédoise imaginait une stuga (maisonnette) nichée dans la forêt. Je voyais lacs et bois (comme chez toi mon Alix), et puis… en fait non. Je n’ai pas eu l’impression de quitter la ville. Pourtant nous étions ‘au village’, là où les beyroutins prennent leurs quartiers d’été. Certes l’air y est plus frais, on voyait la ville de haut. C’était beau toutes ces lumières, et la Mer Méditerranée au loin. C’était résidentiel. Mais certainement pas un restaurant dans une cabane au fond des bois !

Nous avons poussé l’aventure jusqu’au site de Baalbek, ou Héliopolis pour les romains. Un nom en Bek, ça colle bien pour notre famille non ? C’est surtout un endroit grandiose où je vous mènerai quand vous viendrez nous voir. Il accueille les temples de Jupiter, Bacchus et Venus. C’est immense, plus vaste que le forum romain de Rome, en plus construit, au Liban évidement. En circulant dans les ruines, je me prends à les reconstruire, mettre en scène. Cela grouillait déjà de vie par ici il y a deux mille ans ! Bon, promis, je vais en lire plus pour vous en raconter plus la prochaine fois. Mais Wikipédia dit aussi les choses très bien !
Nous avions trop rapidement dit oui à un guide sur place ; que j’ai largué en 30 secondes et demi. Le zigoto parlait trop vite, a raconté trop de choses qui me semblaient à la limite du vraisemblable, et honnêtement j’avais juste envie de dénicher des photos et de rêver… Et quand il s’est avisé de me rappeler à l’ordre en faisant une blague idiote à base d’épinards et de Popeye sur mon prénom, je lui ai définitivement tourné le dos sans l’ombre d’un regret.

Voici quelques photos d’Héliopolis en hiver…

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Étrange et solitude sont sur un bateau

Étrange et solitude sont sur un bateau

Étrange tombe à l’eau

Je suis toujours seule

À Beyrouth, pendant la journée, seule, avec mon Eléonore, avec ma Kochka. Ma fille adorée et mon amie fidèle. Pour le premier l’anniversaire d’Éléonore je finalise l’album « du village », comprenant toutes celles et ceux qui l’ont entourée pendant sa première année de vie. Elle a une grande grande famille. Deux fois grande car aussi bien de mon côté que du côté de son papa, elle a des cousins et cousines en or et à la pelle, des oncles en tantes en amour à foison, tout un tas de générations qui la regardent grandir avec des yeux attentifs et aimants. Nous avons aussi les familles du cœur. Des amis et amies extraordinaires et précieux-ses en France. Des amis-es du monde entier avec des cœurs tout aussi gros à Stockholm.

Et au Liban c’est un peu vide. Très vide. Qui inviter pour souffler sa première bougie?

En deux mois de vie au Liban, je n’y ai en vrai passé qu’un mois. Les États-Unis, la gastro et la France m’ont subtilisé un mois libanais. Ni vu ni connu. Pfuuiiiiit envolé.

À présent je ne sais de quoi demain est fait. De qui demain est fait. À Stockholm ma brochette de super copines aux emplois du temps variables était telle qu’il y avait rarement un jour de trêve dans ma vie sociale. Pour mon plus grand bonheur. Ici, deux copines. Dont une est partie en décembre. Une copine reste. Au moins nous sommes voisines. Au moins nous sommes Mamans de bambins. C’est peu mais c’est bien.Hélas une jolie marguerite ne refleurit pas mon jardin opulent.

S’ajoute à cela l’étrangeté. Je suis oiseau tropical, j’aime les vêtements bariolés qui virevoltent, les fleurs aux cheveux, les rayures, les motifs et les pois sont toujours en harmonie dans mon esprit… Je naviguais à Stockholm comme une aficionado des vêtements de Gudrun Sjöden. On me foutait la paix avec mon goût d’extravagance multicolore. Au mieux je recevais un sourire ou un compliment. Ici, outre que 80% de ma garde robe ne soit pas encore arrivée (cela m’escaguasse tellement que je ne parviens pas à choisir un juron capitaine haddockesque approprié), je n’ose pas. Je n’ose pas sortir mes couleurs et ma liberté de ton. Je fadis, j’oublie de m’enhardir, je me contente d’un jean, neutre, soignée certes, mais tellement ennuyeuse. Ennuyée. J’enserre ma poitrine dans des « soutiens » qui en aplanissent les vallées et les monts. Je n’ose plus mettre mes tuniques un peu trop courtes pour les échasses (même avec des collants). C’est nul. Cela ne m’aide pas que de me sentir aussi dodue qu’un coton-tige avec un by-pass. Triste rapport au corps.

Depuis mon retour, par deux fois et pour la première fois je me suis rendue au grand centre commercial prêt de chez nous (obscures et pénibles histoires de carte SIM). C’était un Parly 2. Copié-collé. J’ai détesté. Parly 2 fut mon voisin pendant plusieurs décennies (yeah!), je le connais, je m’en accommode, j’ai mes boutiques repères et fait abstraction du reste. (Quelle fortune engloutie à la Fnac !! La collection de couverts Sabre du BHV… Nature&Découverte…) Mais ici, au centre commercial ABC de Ashtafieh, je suis perdue. Il n’y a pas de plan, il y a des gardiens dans des guérites où l’on peut demander sa direction. Au moins il y a un Paul ! A Parly 2, il y a des bourgeoises tradi, des néo-m’as-tu-vu, des vieilles peaux embijoutées (de l’espèce de celles qui nous enquiquinaient quand nous étions gamines et jouions avec un peu trop d’enthousiasme sous leur fenêtre et sur les pelouses interdites). À Beyrouth, les femmes semblent toujours être tirées à quatre épingles, avec une forme d’ostentation dans leurs atours et hautaines dans leur attitude. A tout âge, et cela ne va pas en s’arrangeant, elles sont refaites des lèvres gonflées, du nez pointu, avec des seins obus et des culs rebondis. La chirurgie plastique se porte bien ici. Moi je me sens comme une loquedue. Je me sens décalée et coupée, mais pas en rythme. Je ne me fonds ni ne me démarque. Je détonne. Ou je suis invisible. Enfin, peu de chance d’être invisible en vrai. Ma petite se fait remarquer. Les libanais sont gâteux des bébés et ne peuvent s’empêcher de leur gazouiller au nez. Mon porte-bébé est peu commun, il suscite des sourires. Je porte mon bébé car les trottoirs sont aussi nul que zéro. Et que je ne veux pas de voiture dans ce merdier d’embouteillage sauvage et constant et archi pollué. Je marche ou j’uber. Plier et déplier la yoyo, manquer de se faire écraser, monter et descendre des « trottoirs », gérer l’infinitésimale patience de ma princesse, son nez au niveau des pots d’échappement… je n’arrive pas à le convaincre de la poussette ici… Toujours est-il que ma princesse n’en est pas une aux yeux libanais. Il lui manque les oreilles percées. Et l’attirail de la petite fille. Mon enfant est sauvage, ses vêtements sont bien sûr colorés et dans de belles matières, mais elle porte peu de robes et de rose, et nul volants, paillettes ou noeuds dans les cheveux. Paradoxalement cela ne l’aide pas à me sentir dans la société.

Nos valeurs sont elles négociables ? A quoi s’apprête t’on à renoncer pour une hypothétique intégration ? Je le sens comme au collège où je croyais que porter un jean « patte d’eph » contribuerait à mon intégration, à ma normalisation. Leurre. C’est en assumant avec un cœur ouvert sinon trouve sa place non ? Pourvu qu’il y ait ouverture de tous les cœurs et de tous les esprits…

Avec sa bouille déterminée et son énergie chevillée au corps, honnêtement parlant son humeur de cochon ce jour là, je n’en menais pas large avec ma « Mademoiselle Volonté Farouche ». Elle voulait marcher. Dans sa direction, à elle. Se dirigeant droit vers les sacs des gens au café pour en saisir le contenu. Se cabrant, criant et griffant quand je la prenais contre moi. C’est la première fois qu’elle agissait comme ça. Sentant mon malaise sûrement. Dérangée par trop de monde, d’attention, de frénésie consumériste. Noël en famille avec 24 convives dont des cousins enthousiastes, elle gère nickel. Mais le centre commercial ce jour là fut la bérézina.

Voilà ce que j’ai sur le cœur et dans le crâne cette nuit. C’est décousu et mal rafistolé. Ça ira mieux quand ma machine à coudre sera arrivée.

Vamos a la playa

The beach, in the city. The waste of the city is the same as on the beach. Last month, the sewage system broke and went all over the beach. It was black. Covered with shit. We did not know that before sitting on it. We where just horrified with the plastic pollution. That was enough of an outrage.

La plage enfin, par une journée de grand vent. J’aime ce grand vent et ces belles vagues. Mon coeur de bretonne vibre et je suis heureuse comme une otarie (parce que les cabris, c’est pas très maritime vous me direz…). Urbaine la plage. Sale la plage. Sale comme la ville. Couverte de plastique, comme la ville.Y en a pour tous les goûts, toute les formes, toutes les couleurs, toutes les tailles. C’est joli comme une mozaïque. C’est à vomir, ça me répulse. Ca me met en colère. Noire la colère. Comme la couleur de la plage le mois passé. Après une forte pluie les égouts ont débordé. La plage était noire, couverte d’excréments. couverte de merde.

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And this plastic, horrendous plastic everywhere. Tiny pieces, small pieces, plastic bags, bottles, plastic plastic plastic. It is not about cleaning anymore. We need to stop consuming plastic!!! The fishes, the turtles, the whales and dolphins, even the shellfish and the micro organisms are contaminated! And us too. It is in the drinking water!!!! Makes me mad as hell, makes me sad as fountain. Makes me determined to keep being the crazy woman talking to the shop owners, refusing plastic bags and seeking for bulk, recycling and composting.

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Zaituna and la corniche

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Premier samedi en famille, bien sûr  je me suis précipitée pour nous emmener voir la mer ! Nous avons vu la marina et nous sommes promenés surla corniche. Il y a des immeubles criant de luxe, des vieilles pierres pleines de charmes, des qui sont à moitié délabrés. Il y a des familles, voilées de noires, ou pas du tout. Des gens qui se promène avec leur chien, avec leur bonne. La bonne, on a la reconnaît à sa couleur de peau, et à son uniforme. Il y a beaucoup de vieilles toutes en plastique sous cutané et blondes, avec leur bonne et leur chien. Il y des des sportifs et des bedonnants, il y a des mendiants. Il y a des saoudiens et des réfugiés. Il y a tout le monde sur la corniche…

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First Saturday as a family in Beirut, my quest for the sea continued. We went to the Marine, where there was fancy pants boats, with fancy pants people around. I guess Saint Tropez must feel somehow similar. Along the boulevard you’ll find crazy modern luxurious buildings, old colonial houses, crappy buildings… and families, people, wearing a hijab or not, walking their pet, their maid. It’s easy to spot a maid: they are the only African, they walk behind, they carry the necessary-things-that-need-to-be-carried (coats, stroller, baby walker…). There are old ladies who undergone too much plastic surgery, with their dog, their fat husband and of course their maid. There are refugees and Saudis; there the whole city with all its different confessions and lifestyle…

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Mer en vue ! See the sea…

I do live near the sea, but on a hill, and between the sea and us there is the city, a highway, the port. I always try to find a view of the sea, above roofs, between buildings, an open perspective when my windows are facing nothing interesting!

Nous habitons près de la mer, mais entre elle et nous il y a l’univers de la ville et des mille escaliers de notre quartier, une autoroute et le porte de commerce !
Au fil des balades, je guette la mer, entre deux immeubles, par dessus les toits. J’aime la voir d’huile ou avec des moutons, je désepère quand je vois le nuage de pollution au dessus…

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Did you notice the great big cross? Well, we are in the Catholic Armenian district, with churches everywhere, and altars at each street corner. I’ll make a serie of pictures about them one day!

Vous n’avez pas pu manquer la grande croix entre deux rues, nous sommes dans un quartier avec moult églises et encore plus d’autels à la Vierge. Ils méritent bien une série de photo, un jour, en noir et blanc...

Welcome to Getawi – bienvenue à Getaoui

Apparently the words don’t come to me while I am here. Too busy with miss Ella, too busy with life, already. We’ve been here for less then two weeks and I manage to already meet (very) (new) friends everyday, and working on new skills. Nothing to do with Beirut, Lebanon or food: I am getting seriously hooked by the Steiner pedagogics. One step more than Montessori into gentle, poetic and close to nature parenting.Well, close to nature in Beirut… close to human nature should I say. There are trees along our (lovely) street and in our district of Getawi. But the near-door park which is quite exceptional for Beirut-standard is a disaster to my Swedish eyes: old men contemplating from their benches, and cats pooing in the sand, and an antique playground from the 80’s – surely nourishing my need for hygiene and safety for my daughter.

Les mots pour raconter notre nouvelle vie ne  viennent pas aussi efficacement que lors de mes précédentes aventures. Peut-être suis-je trop prise avec mon Eléonore, et puis par la vie tout simplement ! En moins de deux semaines, je vois de nouvelles copines chaque jour, je développe aussi de nouvelles capacités. Outre m’orienter dans cette folle ville, je me plonge dans la beauté de la pédagogie Steiner (Merci Julia de m’avoir hameçonnée). C’est encore une étape de plus que Montessori et la parentalité positive (et le maternage proximal) vers la bienveillance éducative, à l’écoute des rythmes de l’enfant, avec un gros soupçon de poésie et de rêve, proche de la nature surtout. Enfn, ici pour la nature ce n’est pas gagné  on côtoie surtout la nature humaine ! Il y a bien des arbres dans notre quartier, et même un parc (financé par la région Ile de France!), ce qui est grand luxe pour Beyrouth. Mais mon coeur de néo-suédoise pleure… Notre parc est occupé par des vieux qui ragottent, des chats chiants dans le sable et des jeux plus vieux que moi. De quoi nourrir mon besoin d’hygiène et de sécurité pour ma petite !

Anyhow, the words come when I start writing. When I take the time to sit.
I do love my new life, the district, the weather, the food. And the city triggers my eyes. I get a photographic mind. I get lost in my district (less and less), just for the sake of searching a new view of the sea, for a set of stairs that is painted, for another altar around another corner, for the sake of a tiny boutique selling anything and everything. I feel rich of my everyday discoveries and encounters and experiences. I feel blessed by a sweet sweet life. Until the next garbage crisis?

Les mots reviennent quand je prends la plume. Quand Eléonore dort que je prends le temps de prendre la plume.
Dieu que j’aime cette nouvelle vie ! Notre quartier de Getaoui est pleinde charmes, la météo est régénérante, la nourriture est fabuleuse. Et cette ville me chatouille la rétine. J’ai l’appareil photo qui me démange à chaque voin de rue. J’aime à me perdre dans mon quartier, juste parce que je me suis mise en quête d’une nouvelle vue sur la mer par dessus les toits, parce qu’il y avait des escaliers, parce qu’un autre autel marial au coin d’une autre rue, ou d’une autre boutique qui vend tout ou son contraire. Je me sens riche et nourrie de ces découvertes quotidiennes, de cette fraîcheur du regard. J’ai tellement de gratitude pour cette douce vie ! On reparlera de la fraîcheur quand il y aura une nouvelle crise des ordures peut-être…

 

Avis de tempête – ain’t simple

A deux mois du départ, j’oscille. C’est tout à la fois terriblement excitant : terrible et excitant ! Nous risquons d’essuyer des tempêtes et un bon grand gros choc culturel. Et c’est ça qui est grisant ; savoir qu’on va s’en prendre plein la tronche comme dans les quarantièmes rugissants, et que à la fois on va en sortir ouverts et heureux et grandis.

Il s’agirait aussi d’avoir un peu mûri depuis mon arrivée à Stockholm en 2008. J’ai tant détesté cette expérience la première année, ce fut si difficile. Et il en est allé de même avec tous mes grands voyages, depuis mon année d’échange aux Etats-Unis à mes 16 ans jusque  au Kirghizistan même encore aujourd’hui. Je suis une fichue parisienne-hautaine-stockholmoise (à présent) qui voit midi à sa porte et jauge le reste du monde du haut de ses 182 centimètres. Qu’il est difficile de prendre de la distance avec son cerveau de stress vaguement reptilien et surtout très dur dans ses jugements. Pour cela encore et toujours, il faut que mes besoins soient nourris pour que je puisse accueillir le monde tel qu’il se présente, avec douceur et bienveillance…. Donc sommeil réparateur, nourriture, confort, chaleur humaine, beauté. Rien que ça. En toute simplicité. Si cela venait à manquer, je me transformerais en acariâtre caractérisée… A moi d’anticiper alors. De ne pas me laisser avoir par moi-même. Diantre ! Le blog est un biais. Il me permet de regarder le monde et mes émotions avec des tournures de phrases qui mettent juste la bonne distance…

Two month before departure. Exciting. Scary. Exciting. Let’s be enthusiastic first, we might be disenchanted, we will go through culture shock, it will be challenging. It will be interesting. And we will be so glad we did it! I  hope that I will experience being more mature than when I arrived in Stockholm in 2008. That I will be less judgmental and have more understanding of my own emotions. Like every travel I pursued so far, it will have it’s part of pain. I can be awfully judgemental and harsh to the world around me. I can be the one who knows best and who looks at the world with contempt. It doesn’t make me happier. It is rather a sign of distress. Just like for any one else I suppose. « Simple » needs have to be taken care of so I can deploy my energy of joy to apprehend the wonders of the world around me. Provide me with good food, a cosy nest, warmth, beauty and loads of sleep and I will be sunshine!

Let’s pray the nest will happen easily (and that we have a balcony for Kochka!). I am confident about good food, I am secure about feeling loved, I have music for the beauty… Moreover I have this blog to experience the world through the words that arise. It helps to keep a good distance and not ride my emotional horse…

 

 

 

From the North to the Center

Vu du reste du monde, Stockholm c’est un peu les confins de l’Europe, de la Scandinavie ; le Grand Nord quoi ! Pour un Nordique de base c’est encore petit joueur… Il n’y fait ni si noir, ni si froid… Tant que le Cercle n’est pas passé, c’est jeu d’enfant !

From a rest of the world’s perspective, Stockholm seems quite dramatic, with extreme climate and darkness, dormant Viking and wildderness outside the window… For a proper Nordic person, Stockholm is easy-peasy comfy. Drive up the the Polar Circle and only then it gets interesting. Winter without a snowmobile isn’t proper winter!

I do enjoy Stockholm a lot. It is comfortable, it is so well planned and though through, and organized and family friendly. It is addictive. It would be totaly addictive if it was not for the mountains of clouds and darkness of winter. You would never have me looking forward November. The only though of November is shivering and scary, a lone sadness would take over a joyful day only thinking of it…

Yet for the first time ever, I have my heart squishing for not having an afternoon walk under the stars in December, for not having our Kochka jumping out of the window in the snow. and give up the ice skating on the lake..

Stockholm est une ville si confortable à vivre, bien pensée, pratique, parfaite pour les familles, qu’elle en est addictive. On y resterait pour toujours toujours. Mais il y a le mois de novembre. Et tous ceux qui le suivent jusqu’au mois de mai. Ça en fait des mois de montagnes de nuages gris, de temps pourri, de vent glacé, de printemps qui n’en finit jamais d’arriver…

Et pourtant, je n’avais jamais cru que ces pensées puissent un jour m’effleurer, mais la perspective d’une promenade dans la forêt derrière chez nous sous les étoiles, un après-midi de décembre, les sorties en patin à glace,de notre Kochka dans la neige, tout cela va me manquer.

Donc revenons à nos moutons : du Grand Nord au Croissant Fertile des livre d’histoire. La Mésopotamie, le berceau de notre civilisation. Le kiffe ! Le berceau des conflits actuels aussi, c’est à présent juste de dire qu’on est payé pour ça… Le centre de monde, un centre du monde. Je ne maîtrise pas encore les distances et les opportunités de ce coin de méditeranée, mais en parlant de centre du monde, la Grèce n’est pas si loin non ? Une mer de possibles s’ouvre à nous (Une mer des histoires ?). C’est terriblement excitant ! Nous risquons d’essuyer des tempêtes et un bon grand gros choc culturel. Et c’est ça qui est grisant ; savoir qu’on va s’en prendre plein la tronche comme dans les quarantièmes rugissants, et que à la fois on va en sortir ouverts et heureux et grandis.

From the outskirts of the Far North, we are moving to the Center, to the Middle. Mesopotamia, where the agriculture happened, where our civilization started. Just like in the books. Exactly in the middle of the conflicts and tensions, working for the refugees, working for making this place a safer one, working for a better world! Let’s be enthusiastic first, we might be disenchanted, we will go through culture shock, it will be challenging. It will be interesting.